Trouvez la place idéale
en Suisse romande
Pour les Suisses, la pause de midi est un moment de détente, mais aussi de convivialité entre collègues au cours de la journée de travail, selon un sondage.
Manger entre collègues, c’est bon pour le moral et pour l’entreprise
25.11.2021 | 08:32
Partager un repas permet de créer et d’entretenir les liens sociaux au sein de la «boîte», ce qui contribue à l’esprit d’équipe et à la productivité.

La pause déjeuner est un moment important en Suisse. La majorité des travailleurs la prennent tous les jours, en restant au sein de l’entreprise, pendant au moins trente minutes, durant lesquelles ils consomment un repas à l’emporter fait maison ou acheté dans un commerce, et pour lequel ils consacrent un budget d’au maximum 15 francs. Voilà ce qu’indique un sondage de Swibeco, la société (basée à Lausanne) émettrice de la LunchCard. Menée auprès de personnes utilisant ce moyen de paiement, l’enquête (lire l’encadré) met en évidence le caractère social de cette pause. Pour une grande majorité des répondants, elle permet, en plus de se détendre, de profiter d’un moment de convivialité entre collègues et, pour certains d’entre eux, de rencontrer des clients.

 

Lubrifiant social 

C’est ce que confirme Géraldine Coppin, professeure au Département de psychologie d’UniDistance Suisse, membre associée au Centre interfacultaire en sciences affectives de l’Université de Genève, et spécialisée dans les comportements alimentaires: «Déjeuner avec ses collègues ne sert pas seulement à se nourrir. Cela permet aussi de tisser et d’entretenir les liens sociaux avec eux. Les collaborateurs se connaissant mieux, cela améliore également la communication, l’esprit d’équipe et le bien-être au travail, et au final la productivité en entreprise.»

La spécialiste ajoute: «Le fait que des collègues convient d’autres collaborateurs à déjeuner ensemble témoigne d’un sentiment positif: le repas étant un moment social et intime, cela démontre souvent une volonté d’inclusion, le signe que les uns s’intéressent aux autres et qu’ils veulent mieux les connaître». À l’inverse, refuser d’inviter ou décliner une invitation à déjeuner et préférer manger seul peut manifester une volonté d’exclusion, et peut être le signe d’une détérioration des relations au sein du personnel, note-t-elle. 

 

Récompense

Certaines entreprises ont bien compris les intérêts de l’alimentation: social, pour favoriser et renforcer les relations entre collègues, mais aussi managérial, pour attirer et fidéliser les collaborateurs. «Google, par exemple, offre à ses employés les trois repas quotidiens à toute heure du jour et de la nuit, même à leur famille et amis», relève Géraldine Coppin. Les repas d’entreprise, comme ceux qui vont avoir lieu prochainement pour marquer la fin de l’année, ont ces buts. Pour la direction et l’encadrement, cela peut aussi être le moyen de témoigner de leur reconnaissance envers les employés pour le travail accompli et les efforts consentis. «La nourriture peut ici servir de récompense», précise-t-elle

 

Action sur le cerveau 

Récompense, lubrifiant social, pourquoi l’alimentation a-t-elle ce pouvoir si particulier sur les humains (mais aussi sur les autres animaux)? «La nourriture peut agir sur notre humeur et nos émotions. Manger est souvent une activité plaisante. Rares sont ceux qui n’aiment pas manger, se faire inviter à manger ou se faire offrir des aliments», explique Géraldine Coppin. La chercheuse ajoute: «Des études ont montré qu’il pourrait être préférable d’avoir des réunions sensibles, par exemple pour désamorcer un conflit, pendant ou après un repas qu’avant, car la faim pourrait rendre les personnes plus agressives.» Entretenir les relations avec des clients ou fournisseurs et (re)négocier avec eux des contrats autour d’une table de restaurant est ainsi souvent plus agréable et peut être plus fructueux que dans un bureau, conclut-elle. À bon entendeur ! 

 

Fabrice Breithaupt