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Placer une plante tous les 10m2 permet d’assainir l’atmosphère des lieux de travail.
Le télétravail aggrave le syndrome des bâtiments malsains
02.12.2021 | 13:51
Toujours plus de travailleurs se plaignent de maux imputables à la pollution de l’air intérieur. Le cantonnement à domicile n’arrange rien. 

Après la fièvre du samedi soir, voici la migraine du lundi matin. Elle surprend les honnêtes travailleurs dès qu’ils entrent dans leur espace de travail. Le «syndrome des bâtiments malsains» (SBM) regroupe une variété de signes physiques (maux de tête, conjonctivites, sécheresse de la peau, fatigue chronique, asthme, etc.) imputables à un environnement délétère. En fonction des bâtiments, l’air peut être jusqu’à cent fois plus toxique à l’intérieur que dehors, selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Les mesures de cantonnement à domicile et les quarantaines pourraient ainsi avoir conduit à une exacerbation de la problématique du SBM, écrit Reza Fouladi-Fard, chercheur à l’Université des sciences médicales de Téhéran, en Iran, dans une lettre à l’éditeur publiée l’année dernière par la revue «Indoor and Build Environment». Des recherches récentes pointent en effet l’existence d’un lien entre la pollution de l’air à l’intérieur des bâtiments et la prévalence du Covid-19, affirme-t-il.

 

Des milliards de dollars de pertes de productivité

Le SBM est l’un des problèmes de santé du travail les plus fréquents. Il est même en constante augmentation depuis les années 70, d’après la revue scientifique «La Presse médicale». L’Organisation mondiale de la santé (OMS), basée à Genève, parle d’une hausse «significative, voire inquiétante» du nombre de plaintes. «Nous n’avons pas de statistiques, mais nous pensons que le phénomène est en progression», indique l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Rien qu’aux États-Unis, les pertes de productivité représenteraient entre 20 à 70 milliards de dollars par année, selon un article de presse publié au mois de janvier sur la plateforme internet BreezoMeter, qui regroupe des scientifiques et des spécialistes de la protection de la qualité de l’air.

 

Enveloppe trop étanche 

Cause essentielle du syndrome: des immeubles trop étanches dont les fenêtres ne s’ouvrent pas, construits en grand nombre durant la crise du pétrole. Les résultats de différentes enquêtes suggèrent que 30% des bâtiments modernes présentent des problèmes de dégradation de la qualité de l’air ambiant, précise l’OFSP. L’OMS confirme que le tableau clinique est directement corrélé aux «bureaux modernes caractérisés par la présence de fenêtres qui ne peuvent pas s’ouvrir». Entre 25 et 30% des personnes travaillant dans ce type d’espaces seraient touchés. «On a compris aujourd’hui qu’en rendant l’enveloppe trop étanche, on commettait une erreur», déclare-t-on à l’inspection du travail du canton de Fribourg. «Les systèmes de ventilation et de conditionnement d’air, qui devaient en principe procurer un air de qualité, font de moins en moins d’adeptes parmi les occupants. Ils ont été conçus sans tenir suffisamment compte des risques de développement de micro-organismes et du danger que ces derniers peuvent représenter pour la santé», lit-on dans un rapport de l’École nationale française de la santé publique (ENSP), à Rennes.

 

Dimension psychologique 

Les origines du SBM conservent cependant une part de mystère. On a effectivement remarqué qu’il existait une association très forte entre le SBM et le sentiment d’être soumis à des conditions de travail contraignantes ou de ne pas recevoir assez de soutien de l’encadrement. L’ENSP a constaté que tous les cas étudiés avaient été précédés d’un événement «significatif», comme un changement de direction ou un décès dans l’entourage du collaborateur concerné. Ainsi, le SBM pourrait être «un moyen de défense utilisé inconsciemment par l’individu en butte à des difficultés psychologiques pour attribuer son mal-être à une pollution de son environnement, afin de sauvegarder son équilibre mental». Il existerait des irréductibles, environ 5% des travailleurs, qui ne sentiraient jamais bien nulle part. Les chercheurs ont également relevé une «contagiosité bien connue des symptômes» qui peut donner lieu, dans les cas extrêmes, à une forme d’hystérie collective.

 

Symptômes atypiques 

Mais si le côté psychologique joue vraisemblablement un rôle, il ne peut pas expliquer à lui tout seul le phénomène. Celui-ci était inconnu jusqu’au début des années 1980. Or, les décennies 1960 et 1970 ont été marquées par la modernisation des bureaux: installation massive de systèmes d’air conditionné, de moquettes synthétiques et de nouveaux appareils tels que photocopieuses, ordinateurs et imprimantes. Les travailleurs commencent à se plaindre de maux bénins, mais perturbants: démangeaisons, éruptions cutanées, vertiges, etc. En 1983, l’OMS définit le SBM comme «une combinaison de symptômes atypiques incluant céphalées, fatigue, irritation des yeux et des narines, sécheresse de la peau, troubles de concentration chez les personnes travaillant dans des lieux confinés». Il s’agit d’un diagnostic par exclusion, selon la journaliste et présentatrice Isabelle Moncada, qui a mené l’enquête pour son émission TV «36.9°». Car nous n’avons pas affaire à une entité médicale au sens strict, mais plutôt à un ensemble de symptômes atypiques présents chez une personne, sans signes pathologiques clairs.

 

La solution des plantes vertes

Rappelons que l’ordonnance 3 relative à la loi sur le travail (LTr) contraint l’employeur à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la santé physique et psychique de son personnel. L’inspection cantonale du travail peut donc intervenir en cas de suspicion de SBM. Par ailleurs, la Confédération s’est vu confier, depuis l’an 2000, la double tâche d’informer la population sur les polluants à l’intérieur des bâtiments et d’émettre des recommandations pour améliorer la qualité de l’air dans les locaux. En cas d’apparition de symptômes caractéristiques chez les collaborateurs, l’OFSP conseille de s’adresser au gérant, au propriétaire des locaux, à un cabinet d’ingénieurs ou encore au Secrétariat d’État à l’économie (Seco). La solution peut s’avérer beaucoup plus simple qu’on ne l’imagine. Ainsi que l’ont démontré des études menées par la NASA aux États-Unis, les plantes vertes font merveille. Il peut suffire d’en placer une par 10m2 de surface pour assainir l’atmosphère. La qualité de l’air s’améliore «considérablement» au bout de six semaines. Les chercheurs recommandent en particulier les plantes à larges feuilles, type ficus ou philodendron. 

Francesca Sacco