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Le masque est un indicateur qui peut révéler l’avis de la personne sur la pandémie.
Le port du masque peut être source de tensions au sein des entreprises
07.10.2021 | 09:10
Le masque est un signal identitaire. Il peut aussi être à la source de malentendus. Explications.

Le port du masque est courant depuis des mois dans de nombreux lieux, y compris en entreprise. Il peut engendrer des tensions de diverses natures. Pour Adrian Bangerter, professeur à l’Institut de psychologie du travail et des organisations de l’Université de Neuchâtel, le port du masque crée des tensions au sein de la société. Il est donc normal qu’on en trouve aussi dans le monde du travail. «Le masque est un signal identifiant, relève-t-il. Il peut rendre visible l’avisd’unepersonne sur la pandémie. Dans un lieu où il n’est pas obligatoire, par exemple, le port du masque peut signifier: «Je ne suis pas vacciné.» Adrian Bangerter souligne que les tensions autour du port du masque ne datent pas de l’actuelle pandémie. «Dans certains hôpitaux, le personnel qui n’est pas vacciné contre la grippe saisonnière doit en porter un alors que les personnes vaccinées travaillent à visage découvert. Le masque peut ainsi être vécu comme un stigmate, c’est-à-dire un signe extérieur de déviance.» Adrian Bangerter pense que les tensions en entreprises sont toutefois contrecarrées par le fait que les gens partagent une identité commune. «Dans la rue ou dans un magasin, le masque est l’information la plus saillante à propos d’une personne par rapport à son appartenance au groupe des vaccinés ou des non vaccinés. Dans une entreprise, cette information s’ajoute à d’autres. Le lien entre les collègues est plus large.» 

 

Cohabitation difficile 

«Un collaborateur qui peine à respecter les mesures, qui oublie volontairement son masque ou le positionne de façon non conforme va probablement générer des tensions vis-à-vis de ses collègues qui souhaitent respecter les normes», explique Stéphane Haefliger, membre de la direction de Vicario Consulting, «Les piques entre collègues en lien avec le port du masque et la pandémie sont nombreuses et sont sources de tensions, poursuit Julie Zumbühl, psychologue du travail et directrice adjointe de la Clinique du travail, à Morges (VD). Dans une entreprise, certaines personnes vaccinées veulent retrouver leurs habitudes d’avant la pandémie alors que d’autres craignent encore le virus pour elles ou pour un proche à risque. Cela peut engendrer des conflits de cohabitation, d’autant plus difficiles à concilier s’il y a un lien hiérarchique entre deux personnes en conflit sur ce sujet.» Le prosélytisme existe de part etd’autre,poursuitJulie Zumbühl. «Dans les grandes organisations, les choses sontnormées. Maisdans les très petites entreprises, l’opinion du patron par rapport à la pandémie est déterminante pour la cohabitation du personnel.»

 

Déséquilibre de la communication

Julie Zumbühl pointe un autre problème lié au port du masque. «On ne se trouve plus dans un rapport d’équilibre lorsque certaines personnes sont masquées et d’autres pas dans une réunion de travail par exemple. Le masque cache le langage non verbal, un sourire ou un rictus indiquantl’ironie ou tout autre sentiment. Cela peut engendrer des erreurs d’interprétation. Les participants masqués oublient qu’ils ne donnent pas ces informations à leurs interlocuteurs. Ils doivent davantage préciser le contenu de leurs discours pour éviter les malentendus.» 

 

Importance du management

Dans tous les cas, le management d’une entreprise est important pour gérer la cohabitation. «L’avis personnel du manager ne doit pas jouer de rôle dans la manière d’appliquer les directives légales, souligne Julie Zumbühl. Si un patron dit: «On doit appliquer telle mesure même si c’est stupide», cela ne va pas. Le management doit prévenir les conflits et être garant du respect, quels que soient les avis des collaborateurs sur la pandémie.» Le rôle du leader est important, abonde Adrian Bangerter. «Les gens cherchent à comprendre la situation. Il faut répéter que les mesures sont utiles pour contribuer à la sécurité de tous.» «Le masque devient peu à peu un critère de sélection, d’engagement etde licenciementdupersonnel, indique Stéphane Haefliger. Nous avons lu le week-end dernier que trois gardes suisses du pape ont préféré démissionner plutôt que de se soumettre au vaccin. Dans ce contexte, le manager doit rassurer en expliquant la situation aux collaborateurs comme aux clients. Il doit réguler en arbitrant, afin d’apaiser les tensions, fédérer et rassembler le personnel.» 

Laurent Buschini