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La formation en leadership proposée aux cadres hospitaliers cherche à développer leurs connaissances pour améliorer l’efficacité des équipes qu’ils dirigent.
Dans les services hospitaliers aussi, un bon leadership fait la différence
11.11.2021 | 15:04
Un CAS unique en Suisse propose aux cadres supérieurs des hôpitaux, publics et privés, des outils pratiques pour rendre leurs services plus efficaces.

Le milieu hospitalier est en évolution constante. Qu’il soit rattaché au service public ou au privé, chaque hôpital doit optimiser son fonctionnement en vue de réduire ses coûts. Sans compter l’impact de la technologie sur la pratique hospitalière. Pour faire avancer de telles entités de manière efficace, les cadres hospitaliers doivent avoir une vision claire et des compétences managériales qu’ils n’étudient pas ou peu durant leur cursus académique. Un CAS en leadership hospitalier, unique en Suisse, proposé par l’Université de Neuchâtel (UniNE) et le Réseau hospitalier neuchâtelois (RHNe), entend les doter d’outils de management pratiques pour diriger leurs équipes. «Notre CAS propose aux cadres supérieurs d’un hôpital, qu’ils soient médecins chefs et cheffes, infirmiers chefs et infirmières cheffes, de développer leurs connaissances et leur pratique dans le domaine du leadership hospitalier, explique Cinzia Dal Zotto, professeure à l’Institut de management de l’UniNE et coresponsable académique du CAS. Un ou une leader doit avoir une vision sur le long terme de son service. L’objectif du CAS est d’aider les cadres hospitaliers à développer une telle vision et à l’implémenter, par exemple en changeant la culture organisationnelle, en facilitant les synergies entre services, en améliorant les processus de collaboration entre les équipes dans le but de mieux coordonner le travail et, au final, d’améliorer les soins aux patients.» Pour atteindre cet objectif, le ou la leader joue un rôle crucial. «C’est lui qui façonne la culture du service et, par conséquent, la pratique des soignants, relève Cinzia Dal Zotto. Un leader doit comprendre les difficultés des collaborateurs dans un contexte hospitalier en mutation. Il doit tenir compte des besoins des équipes et trouver des solutions.»

 

Axé sur la pratique 

Le CAS se veut axé sur la pratique des intervenants, qui viennent pour la plupart du secteur hospitalier et exercent une charge universitaire, mais aussi sur celles des participants. Ce qui leur permettra de faire le lien entre la théorie et la pratique vécue en hôpital. Il donnera une large place aux notions de leadership face au changement et à la gestion du personnel. «Les théories de leadership ont beaucoup évolué ces dernières années, poursuit la professeure neuchâteloise. Elles mettent davantage l’accent sur les notions de collaboration et de réseau. Dans la pratique, on remarque aussi que le travail hospitalier devient toujours plus collaboratif.» Le CAS abordera également des notions de droit et de gestion. Le leadership hospitalier n’est pas différent de celui dans un autre domaine, assure Cinzia Dal Zotto. Mais le milieu est tout de même particulier et complexe. «D’abord, l’hôpital soigne des patients, ce qui en fait une entreprise à part. Les personnes qui y travaillent sont très spécialisées dans leur domaine de soins. Cela peut causer des problèmes de communication et de compréhension entre les équipes des différents services hospitaliers. Sans oublier que le personnel est souvent lui aussi issu de cultures et de langues différentes en raison de la pénurie de personnel. La multiculturalité et les spécialisations médicales représentent des défis supplémentaires pour le management hospitalier.» La collaboration demande de prendre du temps. «Mais ce n’est pas du temps perdu, assure Cinzia Dal Zotto. On doit faire travailler ensemble des équipes qui ont des pratiques différentes, d’où peuvent émerger des malentendus ou même des conflits. Un leader doit donc aussi gérer ce genre de situations et si possible les prévenir. S’il n’apporte pas des solutions, un conflit peut dégénérer et démotiver les équipes. Changer demande des efforts d’apprendre de nouvelles pratiques. Cela peut déstabiliser.» La place de l’innovation joue aussi un grand rôle. «La culture organisationnelle devrait stimuler les praticiennes et praticiens à proposer de nouvelles idées et solutions pour améliorer les processus de travail, à prendre l’initiative et innover dans ce sens, souligne Cinzia Dal Zotto. Une telle culture concerne toutes les équipes d’un hôpital mais le CAS est focalisé sur le personnel soignant. Ce n’est pas évident pour les médecins chefs et cheffes et les infirmiers chefs et infirmières cheffes de prendre du temps pour réfléchir sur le long terme. Ces personnes sont pressées par les problèmes du quotidien. Le CAS aspire à devenir un lieu pour ce genre de réflexion.»

 

L’influence de la pandémie

Le CAS a un lien avec la pandémie actuelle, reconnaît Cinzia Dal Zotto. «La crise sanitaire a mis en évidence la problématique du leadership en milieu hospitalier. La demande de coordination a augmenté, tout comme le besoin d’efficacité.» Par contre, le CAS n’a pas la volonté d’apporter des solutions pour lutter contre la pénurie de personnel hospitalier. «Une meilleure efficacité ne signifie pas diminuer le nombre de soignants par unité, assure la professeure. Réfléchir à long terme ne veut pas dire faire avec moins de monde, mais répondre à l’évolution de la médecine, y compris la technologie qui modifie les rôles de chacun et les tâches à accomplir.» 

Laurent Buschini