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Un forestier-bûcheron de l’entreprise Palaz en plein travail.
Bûcheron, un métier entre tradition et transition énergétique
21.10.2021 | 14:08
Loin des stéréotypes, la profession de bûcheron forestier est diversifiée et pas du tout saisonnière. Focus sur ce métier hors norme.

Rendez-vous au point GPS 46°24’52.6’’N 6°08’00.2’’E. Une combe boisée au fin fond du Jura, audessus du village de Gingins, dans le canton de Vaud. Une banderole «Coupe de bois» et une odeur de bois fraîchement coupé suggèrent que la destination est atteinte. Au loin, Aloïk van der Haar, apprenti, et trois collègues, tout d’orange vêtus, se réchauffent autour d’une tasse de café. «L’EPI (ndlr: équipement de protection individuelle) nous permet d’être visibles et de limiter les blessures éventuelles», explique Aloïk. Pamirs, casque, chaussures de sécurité, pantalon anti-coupures se révèlent aussi indispensables qu’une tronçonneuse ou un merlin. La sylviculture, c’est son ADN. Pourtant, Aloïk opte d’abord pour la vente. Au bout d’une dizaine d’années d’activité, il quitte l’e-commerce et se risque à changer de vie, pour s’enraciner au plus près de ses convictions. Palaz, unique entreprise formatrice dans le domaine du canton de Genève, l’engage comme apprenti forestier-bûcheron. «J’ai choisi le CFC traditionnel et non la formation qualifiante pour adultes parce que je voulais être sur le terrain, croiser des chamois ou entendre le cerf bramer comme ce matin», raconte le jeune homme.

 

Haro sur les clichés 

Pendant les trois ans de formation à raison d’une fois par semaine, Aloïk bat la campagne pour se rendre aux cours théoriques au Mont-sur-Lausanne. Le reste du temps, il est guidé par les professionnels chevronnés de son entreprise formatrice pour œuvrer en faveur de la biodiversité. Abattre un arbre quand il faut, ébrancher un tronc, couper certains buissons pour offrir de la lumière aux autres, planter telle ou telle essence, rafistoler une passerelle, entretenir et savoir manier l’outillage. «Dans l’imaginaire commun, on considère l’activité de bûcheronnage comme monotâche et solitaire. C’est tout l’opposé, relève Michel Palaz. Le métier étant dangereux, nous travaillons en équipe de trois au minimum. Pour embrasser un tel métier, une capacité de discernement pour évaluer les risques encourus et une bonne condition physique sont nécessaires.» Outre les confrères, le forestier-bûcheron travaille étroitement avec des ingénieurs et des gardes forestiers, garants de la protection et du peuplement des forêts. Ici, c’est tel chicot (un arbre mort) à faire tomber et là, c’est tel résineux à abattre parce qu’il est ravagé par les bostryches qui risqueraient d’infecter les autres arbres alentour. Aloïk enchaîne: «Mon activité s’inscrit dans la durée et la durabilité. Nous travaillons au fil des saisons, veillons à entretenir les abords des cours d’eau et renforcer la stabilité des forêts pour éviter les glissements de terrain. Nous plantons pour le futur: le fruit de notre travail sera récolté par les générations à venir.»

 

Le plus beau bureau du monde

Pour l’heure, Aloïk retourne observer les congénères voisins du sapin à couper pour évaluer la direction de chute. C’est l’entaille faite sur le cinquième du diamètre de l’arbre qui la déterminera. Ensuite, Aloïk effectue de l’autre côté du tronc un trait d’abattage en n’oubliant pas de laisser une charnière pour guider la chute de l’arbre. Un cri perçant est poussé par le bûcheron pour prévenir du danger tout proche. Un bruit assourdissant envahit la forêt. Le sapin est tombé. Le ballet des tronçonneuses reprend. Place à l’ébranchage.

Laurie Josserand